Press # Entrevue avec Steve Herrington, président de Bodycad USA
Comme vous le savez, je crois que l’avenir de l’orthopédie repose sur les implants sur mesure. Bodycad est l’une des entreprises novatrices à l’avant-garde de cette évolution vers la personnalisation.
Bodycad développe des solutions orthopédiques personnalisées depuis 2011. Établie à Québec, au cœur de l’industrie du jeu vidéo 3D, Bodycad développe des solutions logicielles 3D permettant de créer des dispositifs médicaux personnalisés afin de transformer la façon dont les patients sont traités en orthopédie.
Nous nous sommes entretenus avec Steve Herrington, président de Bodycad pour les États-Unis et l’Asie, afin d’en apprendre davantage.
#1 Comment et pourquoi Bodycad a-t-elle été fondée?**
Bodycad a été fondée par Jean Robichaud, qui avait auparavant transformé le marché dentaire grâce à une entreprise ayant fait preuve d’une grande capacité d’innovation dans les domaines des barres dentaires et des piliers fabriqués par usinage CNC. Par leur nature même, les prothèses dentaires sont personnalisées et nécessitent également une précision de l’ordre du micron. Après son succès dans le domaine dentaire, Jean a décidé d’appliquer au secteur orthopédique les connaissances acquises dans cet environnement.
Lorsque Jean a constaté la façon dont les interventions étaient planifiées à partir de radiographies 2D et d’implants standards, il a eu un déclic. Il savait que le domaine de l’orthopédie était prêt à être transformé grâce à des technologies qu’il connaissait très bien. Grâce à d’importants investissements dans le développement logiciel, il a créé Bodycad comme une entreprise évolutive capable de fabriquer des dispositifs orthopédiques personnalisés.
#2 Pouvez-vous nous expliquer le processus de Bodycad? En quoi diffère-t-il de l’approche adoptée par les autres entreprises de dispositifs médicaux?**
Ce qui distingue Bodycad, c’est que l’ancien modèle, consistant à investir des millions dans l’achat d’ensembles d’instruments et d’implants, puis à gérer ces inventaires partout dans le monde, appartient désormais au passé.
Tout d’abord, le médecin utilise le portail Web Bodycad PREPLINK pour téléverser le dossier. Après le téléversement de la tomodensitométrie (TDM) ou de l’IRM du patient, nos techniciens conçoivent le dispositif médical. Une fois celui-ci examiné par le médecin, nous livrons le dispositif médical 21 jours plus tard dans une boîte, accompagné d’un petit plateau réutilisable contenant les forets, les ostéotomes et autres instruments nécessaires.
L’ensemble de la collaboration et du suivi des dossiers s’effectue par l’intermédiaire du portail Web PREPLINK, accessible à partir d’un téléphone cellulaire, d’une tablette, d’un ordinateur de bureau ou de tout autre appareil compatible. Nous utilisons des algorithmes propriétaires pour créer nos modèles 3D et effectuer notre planification chirurgicale.
La plus grande différence entre Bodycad et les autres entreprises qui développent des solutions orthopédiques personnalisées réside dans notre modèle permettant d’atteindre la rentabilité. Nous avons développé notre propre logiciel afin d’intégrer l’ensemble du processus, de la matière première jusqu’au dispositif fini. Nous ne dépendons donc ni de logiciels standards ni d’importantes ressources en ingénierie pour faire évoluer notre entreprise. Tout est réalisé à l’interne.
#3 Dans quels domaines Bodycad a-t-elle actuellement le plus grand impact?**
C’est une question difficile!
Nous avons un nouveau système unicompartimental du genou, Bodycad Reflex Uni, qui personnalise à la fois les implants et l’instrumentation. Nous avons également une nouvelle solution d’ostéotomie tibiale, Fine Osteotomy, qui vient de recevoir l’autorisation de la FDA et qui met véritablement en valeur notre capacité de planification en 3D.
Nous avons également une équipe appelée OnCall qui se consacre à la production de guides imprimés en 3D pour les cas particulièrement complexes de déformation et d’oncologie. Toutes ces solutions ont un impact considérable, et beaucoup d’autres innovations sont à venir.
Cependant, je crois que nous aurons un impact majeur sur la chirurgie ambulatoire, puisque notre modèle repose sur la livraison d’une intervention complète dans une boîte, ce qui permet aux centres de chirurgie ambulatoire (ASC) d’économiser du temps et de réduire les besoins en inventaire.
#4 Quel est l’ingrédient secret de Bodycad?**
C’est sans aucun doute notre logiciel. Le fait de disposer de notre propre infrastructure numérique propriétaire pour gérer l’ensemble du processus, depuis les données du patient jusqu’à l’impression 3D des guides et l’usinage des implants, nous procure un niveau exceptionnel de contrôle, de flexibilité et d’évolutivité.
#5 Quels sont les défis liés à l’adoption à grande échelle de la technologie Bodycad?**
Lorsqu’un chirurgien effectue une intervention aujourd’hui, la planification spécifique au patient est généralement très limitée. À l’heure actuelle, le médecin choisit parmi différentes tailles d’implants et utilise celui qui offre le meilleur ajustement moyen.
À l’avenir, nous ne croyons pas qu’un tel compromis sera nécessaire. Amener les chirurgiens à progresser dans la courbe d’adoption et à s’engager dans une planification préalable nécessite un changement de mentalité. La planification préalable peut aider le chirurgien à prendre certaines décisions avant l’intervention afin que nous puissions optimiser le résultat avant même que le patient ne soit sur la table d’opération.
#6 De nombreuses nouvelles technologies arrivent sur le marché. Comment voyez-vous la personnalisation s’intégrer aux autres technologies à l’avenir?**
Il est intéressant de constater que certaines personnes confondent la personnalisation avec les guides spécifiques au patient. En réalité, la personnalisation du dispositif médical est compatible avec la plupart des technologies actuellement en développement.
De nombreux fabricants développent indépendamment une infrastructure numérique. Celle-ci comprend notamment la création de modèles 3D de la situation préopératoire à partir de la TDM, de l’IRM ou d’autres technologies. Vient ensuite l’étape de planification, qui vise à définir le résultat souhaité pour le patient tout en respectant son anatomie.
Une fois le plan terminé, l’étape suivante consiste à concevoir les implants et les instruments. Les données ainsi générées peuvent ensuite être utilisées entre autres pour l’impression 3D, la robotique et la navigation, les guides spécifiques au patient (PSI), la réalité virtuelle et augmentée.
À mesure que nous intégrons ces technologies et que nous y incorporons des technologies prédictives, l’avenir s’annonce extrêmement prometteur.
6 questions avec Steve Herrington, président de Bodycad USA, à l’avant-garde des solutions orthopédiques personnalisées.